REMAPATH

Problématique des IST et du VIH/SIDA chez les élèves et étudiants dans la région de Ségou en 2018 Mali

Boubacar Bamba KEITA1, Brehima KEITA6, Fatoumata SIDIBE, Almahdi AG ALITINI5, Mamadou KEITA2, Kalvin SOGOBA5, KEITA Bintou DEMBELE1

1: ARCAD/Santé PLUS, Bamako, Mali. 2 : Cellule Sectorielle de Lutte Contre le VIH/Sida, la Tuberculose et les Hépatites Virales du Ministère de la Santé et du Développement Social, Bamako, Mali. 3 : Institut National de Santé Publique, Bamako, Mali. 4 : ONG SOUTOURA, Bamako, Mali. 5: Family Health International 360, Bamako, Mali .: Agence Nationale d'Evaluation et d'Accréditation des Etablissements de Santé (ANEES), Bamako, Mali.

Résumé (Français):

à risque et d’un accès limité à l’information et aux services de prévention. Cette étude visait à analyser les facteurs sociodémographiques et comportementaux associés à la séropositivité VIH chez des jeunes dans une région à forte prévalence.

Une étude transversale a été menée auprès de 162 jeunes âgés de moins de 25 ans, sélectionnés de manière aléatoire. Les données ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire standardisé portant sur les connaissances, attitudes et pratiques en lien avec le VIH/sida et les IST. Des tests statistiques (chi-carré et exact de Fisher) ont été utilisés pour évaluer les associations entre variables explicatives et statut sérologique VIH.

Tous les participants avaient entendu parler du VIH. L’âge était associé à la croyance en l’existence du VIH (p = 0,028). La situation matrimoniale influençait le vécu sexuel (p = 0,043). Des antécédents d’IST étaient liés à la rupture du préservatif (p = 0,030), aux partenaires occasionnels (p = 0,012) et à un résultat VIH positif (p = 0,049). Les jeunes ayant eu plusieurs partenaires (p = 0,007) ou des ruptures fréquentes de préservatifs (p = 0,006) étaient significativement plus exposés au VIH.

Mots clés: IST, VIH/SIDA, jeunes, préservatif, ONG Walé, Mali
Summary (English):

HIV remains a major public health challenge among youth in sub-Saharan Africa, driven by high-risk behaviors and limited access to prevention services. This study aimed to identify sociodemographic and behavioral factors associated with HIV seropositivity among young people in a high-prevalence setting.

A cross-sectional study was conducted among 162 youth under the age of 25, randomly selected. Data were collected using a standardized questionnaire covering knowledge, attitudes, and practices related to HIV/AIDS and STIs. Statistical tests (Chi-square and Fisher’s exact) were used to assess associations between explanatory variables and HIV serostatus.

All respondents had heard about HIV. Age was significantly associated with belief in HIV existence (p = 0.028). Marital status was linked to sexual activity (p = 0.043). History of STIs was significantly associated with condom breakage (p = 0.030), casual partners (p = 0.012), and HIV-positive results (p = 0.049). Youth with multiple partners (p = 0.007) or frequent condom breakage (p = 0.006) were at significantly higher risk of HIV infection.

Finally, Sexually active youth—particularly those with multiple partners or reporting condom failure—are at increased risk of HIV. These findings highlight the urgent need to reinforce comprehensive sexual education, targeted prevention, and regular HIV testing programs tailored to this vulnerable population segment.

Keywords: STIs, HIV/AIDS, youth, condom, ONG Wale, Mali
Adresse de correspondance:

Dr KEITA Boubacar Bamba, MD, MPH Sante publique société et développement, Économiste de la Santé, Expert en Gestion de Projet/Programme de Santé. Téléphone : +22376816125. Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Introduction 

Les infections sexuellement transmissibles (IST) et le VIH/SIDA représentent encore aujourd’hui des défis majeurs de santé publique dans le monde, particulièrement en Afrique subsaharienne où la prévalence reste élevée. Les jeunes, en particulier les élèves et étudiants, constituent un groupe vulnérable du fait de leurs comportements sexuels à risque, de la précocité des premiers rapports sexuels et du manque d’accès à une éducation sexuelle adéquate [1,2]. Au Mali, même si la prévalence générale du VIH est relativement faible (environ 1,2 % en 2018) [3], les données disponibles suggèrent que les adolescents et jeunes adultes sont exposés à des risques importants liés aux IST et au VIH, notamment dans la région de Ségou, où les conditions socio-économiques et éducatives sont particulières [4].

Dans la capitale Bamako, une étude menée chez les élèves et étudiants a révélé une prévalence du VIH variant entre 1,8 % et 3,6 %, soulignant la circulation du virus même dans les populations jeunes et scolaires [5]. En outre, une enquête dans la région de Gao a montré que 48 % des élèves avaient déjà eu des rapports sexuels, avec une moyenne d’âge au premier rapport sexuel de 13,4 ans chez les garçons et 15,5 ans chez les filles, témoignant d’une initiation précoce qui favorise la transmission des IST [6]. Ces résultats reflètent une situation similaire dans d’autres régions comme Ségou, où peu d’études ont été réalisées mais où les indicateurs comportementaux sont comparables [7]. La connaissance des modes de transmission des IST et du VIH reste insuffisante chez les jeunes, malgré un accès accru à l’information via les médias et les écoles. Une étude réalisée auprès des adolescents à Bamako a montré que bien que 92,5 % des élèves connaissaient le préservatif comme moyen de prévention, son usage systématique était faible. De plus, 41,3 % avaient des partenaires occasionnels et 75,9 % au moins deux partenaires, accentuant ainsi le risque de contamination [8]. Ce décalage entre connaissance et pratiques est amplifié par des facteurs socio-culturels tels que la stigmatisation, le poids des normes traditionnelles et l’inégalité de genre [9,10].

Dans la région de Ségou, plusieurs facteurs contribuent à la persistance des comportements à risque chez les élèves et étudiants. L’accès limité à une éducation sexuelle complète, le faible recours aux services de santé sexuelle et reproductive adaptés aux jeunes, ainsi que les obstacles sociaux et économiques, compliquent la prévention et la prise en charge des IST et du VIH [11,12]. La stigmatisation associée au VIH/SIDA est également un frein majeur à l’auto-dépistage et au suivi médical [13].

Face à ce contexte, il est crucial de mieux comprendre la situation des IST et du VIH/SIDA chez les jeunes scolarisés de la région de Ségou afin de renforcer les programmes de prévention, d’améliorer l’accès aux services de santé adaptés et d’intégrer des interventions ciblées tenant compte des réalités sociales locales [14,15]. Les données épidémiologiques, comportementales et sociales sont indispensables pour orienter les politiques publiques et les stratégies de santé communautaire, en vue d’une meilleure maîtrise de l’épidémie chez cette population vulnérable [16].

Ainsi, cette problématique reflète un enjeu majeur de santé publique pour le Mali, et particulièrement pour la région de Ségou en 2018, où la prévention des IST et du VIH chez les élèves et étudiants nécessite des interventions ciblées, fondées sur des données locales fiables et actualisées.   

Matériels et Méthodes 

La présente étude a été menée au centre de traitement ambulatoire de l’ONG Walé de Ségou.    Nous avons mené une transversale descriptive par questionnaires structurés chez les élèves et étudiants sur les IST et le VIH/SIDA.

L’étude s’est déroulée du 1er Octobre au 30 Novembre 2018. Elle a concerné les élèves et les étudiants (garçons et filles) âgés de 14 à 25 ans et plus qui ont fréquentés le centre de traitement ambulatoire de l’ONG Walé de Ségou durant la période de l’étude ; mais aussi le personnel du Centre de Traitement Ambulatoire impliqué dans la prise en charge.                                  

Les élèves et étudiants âgés de 14 à 25 ans et plus venus en dépistage et en consultation avec l’obtention de leurs consentements éclairés ont été inclus. Pour les moins de 18 ans, une demande d’autorisation parentale a été signée par le parent ou le tuteur de l’adolescent. Les mêmes dispositions ont été respectées pour le personnel du centre de traitement ambulatoire impliqués dans la prise en charge des IST et du VIH/SIDA.

Les élèves qui ont moins de 14 ans n’ont pas été inclus.   Les élèves et étudiants qui ont refusés de participer à l’étude. Les élèves et étudiants qui n’ont pas fréquentés le centre de traitement ambulatoire de l’ONG Walé, ainsi que le personnel qui a refusé de participer à l’étude, n’ont pas été inclus.

Nous avons procédé par un échantillonnage exhaustif (sans remise).  Les élèves et étudiants ont été choisis au fur et à mesure lors qu’ils se sont présentés au centre de traitement ambulatoire de Walé pendant la période de l’étude, et sans tri (garçons et filles).

A la fin de collecte nous avons recensé 162 élèves et étudiants. Les personnels impliqués dans la PEC au niveau de l’accueil, le conseil/dépistage, la consultation et la dispensation des médicaments ont été observé. Chaque niveau a été observé cinq (5) fois à l’aide du canevas d’observation ; dont vingt (20) séances au total.

Un questionnaire individuel bien structuré a été adressé aux élèves et étudiants lors de leur interview à travers une enquête CAP (Connaissances, Attitudes et Pratiques) qui consistait à interroger des élèves et étudiants lors de leur passage au centre de traitement ambulatoire durant la période de l’étude. 

Les données ont été collectées sur un formulaire word, saisies et analysées avec le logiciel EPI info version 3.5.4 et Excel (version 2019). Les résultats sont présentés sous forme de tableaux et figures. Les moyennes, les médians et interquartile range (IQR) ont été calculé; ensuite nous avons effectué une analyse bivariée (tableaux croisés) de la régression logistique pour calculer le Chi2 avec un IC 95% et estimer le P. value pour déterminer si l’association est statistiquement significative (P. inférieur à 0,05).                                                                                                                                                                                                                                                                  Nous avons exploité les données des activités de routine d’une organisation non gouvernementale (ONG) locale. Elle travaille directement avec les populations cibles depuis de longue dans le strict respect des droits des usagers et de l’éthique en matière de collecte des données. Même si l’approbation préalable d’un comité d’éthique, néanmoins à cause de la sensibilité de la question, nous avons pris la précaution de ne pas collecter de données personnelles permettant d’identifier les participants. En plus nous avons pris la précaution de respecter le droit à l’information et du respect de leur volonté. C’est pourquoi un formulaire de consentement libre éclairé a été proposé à chaque participant.

Nous avons fait usage des concepts ci–après au cours de notre étude :

  • Connaissances : l’ensemble des idées ou des informations partielles, complètes ou utile sur les IST et le VIH/SIDA.
  • Attitudes : manière d’être à l’égard des autres face au IST et VIH/SIDA.
  • Comportement sexuel : manière de se conduire sexuellement face aux IST et VIH/SIDA.
  • Comportement à risque : tout comportement qui expose celui qui l‘adopte ou d’autre risque de contracter une MST, par exemple les relations sexuelles sans protection.
  • Education sexuelle : éducation conçue pour faire mieux comprendre les aspects biologiques, socioculturels, psychologiques, spirituels et ethniques du comportement sexuel humain.
  • Programme d’éducation sanitaire scolaire : cours ou ensemble de cours conçus pour atteindre des buts et objectifs sanitaires partiels tels que la prévention des IST/VIH/SIDA.
  • Partenaire (s) sexuel (les) : toute fille ou garçon avec qui l’élève ou l’étudiant a des rapports intimes, qu’il y ait ou non des rapports sexuels
  • Une stratégie de santé publique : consiste à identifier les individus qui courent un risque particulièrement élevé de transmettre une IST.
  • Prévalence : cas existants (d’une maladie déterminée) dans une communauté et à un instant donné (Lorsqu’on précise une période d’observation, le paramètre correspondant est désigné sous le nom de prévalence au cours d’une durée déterminée).
  • Santé : défini par l’OMS comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité ».
  • Santé publique: est l’approche collective et administrative des problèmes de santé d’une population sous ses aspects politiques, économiques, réglementaires et institutionnels. Elle a pour priorité la protection de la santé de la collectivité.                                                                                                                                                                         

Résultats 

Profils sociodémographiques :

Dans l'ensemble, 61,1% des élèves et des étudiants étaient des femmes. La tranche d'âge de [20-24] ans représentait 50,6 % des participants. L'âge moyen des étudiants était de 20,31 ans, l'âge médian de 20 ans, avec un minimum de 14 ans et un maximum de 25 ans, et l'âge moyen de 18 ans. Dans notre échantillon, les célibataires représentaient 75,9 % des participants. Dans la population étudiée, les élèves et étudiants étaient musulmans dans 84,6 % des cas. Dans notre recherche, les étudiants de l'enseignement supérieur représentaient 40,1 % des participants.

Connaissance/Perception des IST et du VIH/SIDA :

Sur les 162 personnes interrogées, deux ont déclaré ne pas en savoir assez d’informations sur les infections sexuellement transmissibles. Toutes les personnes interrogées ont déclaré avoir entendu parler du VIH et du SIDA, ce qui reflète l’impact positif des modules d’enseignement sur la santé reproductive et le VIH à l'école. Toutefois, 6 % de notre population d'étude ne croyaient pas en l'existence du VIH/SIDA, bien que 100 % reconnaissent l’existence des IST.

L’analyse a montré que l’âge avait une influence significative sur la croyance en l'existence du VIH/SIDA (Chi² = 9,103 ; p = 0,028), les plus jeunes étant davantage dans le doute. Le sexe n'a pas eu d'influence significative sur la croyance des personnes interrogées dans le VIH/SIDA. Chi2= 1,600 ; p = 0,200. Plus de 58% des répondants trouvent que l'accès à l'information sur les IST et le VIH/SIDA est facile dans la ville de Ségou en raison de la disponibilité des services de santé et du personnel impliqué. La majorité des élèves et des étudiants (63,6 %) estiment que les services de prise en charge des IST en milieu scolaire sont de mauvaise qualité, en raison notamment de l'absence d'infirmerie, du manque de personnel qualifié et de la non-gratuité des médicaments. Parmi les répondants, les principales sources d'information sur les IST et le VIH/SIDA sont l'école (28,40%), les amis (27,20%), les parents (13,60%), suivis des médias (8,6%), des structures de santé (8,0%), des ONG/associations (8%) et des partenaires sexuels.

Comportements et situations à risques :

Dans notre population (n= 162), seuls 9,3% des élèves et étudiants déclarent n'avoir jamais eu de rapports sexuels, alors que plus de 90% sont déjà sexuellement actifs. Le sexe n'a pas d'influence significative sur l'activité sexuelle des répondants [Chi-carré = 0,008 ; p = 0,926]. L'état civil a une influence significative sur l'activité sexuelle des élèves et étudiants, les célibataires (73,5%) étant les plus actifs [Chi2 = 6,24 ; p = 0,043]. Au total, sur les 147 élèves et étudiants sexuellement actifs, 53,1% étaient occasionnels. Parmi les répondants sexuellement actifs, 73,5% étaient célibataires, ce qui signifie que les célibataires sont plus sexuellement actifs que tous les autres statuts (mariés, divorcés et veufs). Le préservatif n'est utilisé régulièrement que par 28% des élèves et étudiants sexuellement actifs. Et près de 13% n'en utilisent jamais, ce qui est très inquiétant compte tenu de l'activité sexuelle de ces jeunes. Une proportion de 13 % des personnes n'ont jamais utilisé de préservatif. Dans notre échantillon, plus de 23% ont vu leur préservatif se déchirer au moins une fois lors d'un rapport sexuel avec leur partenaire. Le fait que 13 % des personnes n’aient jamais utilisé de préservatif peut s’expliquer non seulement par un manque de connaissances, mais aussi par d'autres facteurs. Il peut s’agir de barrières d’accès, de normes sociales, du refus du partenaire, ou encore de préférences personnelles et de contextes de vulnérabilité. Plus de 66% des élèves et étudiants sexuellement actifs ont deux (2) partenaires sexuels ou plus, contre seulement 33,3% qui déclarent n'avoir qu'un seul partenaire. Ceci confirme la multiplicité des relations sexuelles en milieu scolaire, ce qui favorise la propagation des IST et du VIH/SIDA. Dans notre étude, plus de 65% (22,4+43,50) des jeunes sexuellement actifs ont eu des rapports sexuels au moins une fois avec un partenaire occasionnel, ce qui augmente cruellement le risque de contamination par les IST/VIH/SIDA.

Les partenaires sexuels réguliers n'ont pas d'influence significative sur l'utilisation du préservatif, puisque seuls 33,6% en portent un. Le risque reste donc élevé, entraînant une augmentation de la transmission des IST et du VIH/SIDA [Chi-carré = 6,811 ; p = 0,064]. Le nombre de partenaires sexuels occasionnels à une influence significative sur l'utilisation du préservatif chez les jeunes sexuellement actifs. Une proportion de 43,2 % des personnes étaient plus ou moins disciplinées dans l’utilisation du préservatif, ce qui suggère une utilisation irrégulière ou contextuelle. Cela pourrait refléter une adhésion partielle aux messages de prévention, influencée par des facteurs comme la nature de la relation, le moment ou la perception du risque. ; [Chi-square = 11,307 et p = 0,023]. Parmi les 147 élèves et étudiants sexuellement actifs, plus de 65 % ont eu leur premier rapport sexuel entre 15 et 18 ans, tandis que 21,8 % l’ont eu avant 15 ans, ce qui est particulièrement préoccupant. En effet, l’âge précoce et le contexte du premier rapport sexuel sont des indicateurs importants du risque d’infection par une IST ou le VIH/SIDA. Pour les quinze (15) élèves et étudiants qui n'ont jamais eu de rapports sexuels, l'abstinence sexuelle (40%) est la première cause et le manque de partenaires sexuels dans 33,3% des cas. Pour ce dernier groupe, les réponses étaient plus ou moins hésitantes à savoir s'ils seraient prêts à avoir des rapports sexuels le jour où ils auraient des partenaires sexuels ?  

Résultat du test de dépistage VIH et signes d’IST :

La prévalence du VIH était de 8% parmi les élèves et étudiants du centre de traitement ambulatoire de Walé. Sur les 162 élèves et étudiants de notre population d'étude, 49 présentaient des symptômes d'IST (30,20%). Le sexe n'a pas d'influence significative sur la présence de symptômes d'IST chez les jeunes [Chi-carré = 1,149 ; p = 0,283]. Les rapports sexuels (non protégés) ont une influence significative sur la présence d'IST chez les élèves et étudiants [Chi2= 4,17 ; p = 0,040]. L'utilisation irrégulière du préservatif a une influence significative sur la présence d'IST, ce qui est très préoccupant étant donné que plus de 90 % des jeunes sont sexuellement actifs [Chi-carré = 5,98 ; P = 0,043]. La rupture du préservatif pendant les rapports sexuels à un effet très significatif sur la présence d'IST parmi les répondants sexuellement actifs. Cela augmente les risques de transmission des IST et soulève d'autres questions sur l'utilisation du préservatif et sur la qualité et/ou la sécurité de son stockage [Chi2 = 14,58 ; P = 0,030]. Les partenariats sexuels multiples sont un facteur majeur dans la contraction des IST chez les jeunes (85,4 % des cas) [Chi2 = 8,946 et p = 0,027]. Le recours à des partenaires occasionnels a une influence significative sur la contraction des IST chez les élèves et étudiants [Chi2 = 8,774 ; p = 0,012]. La présence de symptômes d'IST a un effet significatif sur le résultat du test VIH+ [Chi2 = 3,731 ; p = 0,049]. L'utilisation irrégulière du préservatif a une influence significative sur les résultats du test VIH+ chez les jeunes sexuellement actifs [Chi-carré = 9,956 ; p = 0,006]. Le fait d'avoir plusieurs partenaires sexuels augmente le risque de contracter le VIH chez les élèves et les étudiants [Chi2 = 7,130 ; p = 0,007]. Les partenaires occasionnels influencent le risque de contracter le VIH chez les élèves et les étudiants sexuellement actifs. Mais le chi carré n'est pas valide.

Discussion 

Les résultats de notre étude mettent en lumière une série de facteurs sociodémographiques, comportementaux et structurels qui influencent la vulnérabilité des élèves et étudiants au VIH/SIDA et aux IST dans la région de Ségou. La prédominance féminine (61,1 %) et la majorité des participants dans la tranche d'âge [20-24 ans] (50,6 %) indiquent que la population cible est constituée d’adolescents tardifs et de jeunes adultes, une catégorie généralement reconnue comme étant à haut risque pour les comportements sexuels non protégés [17].

La connaissance générale du VIH/SIDA est largement répandue parmi les jeunes interrogés. Tous les répondants ont entendu parler du VIH, et seuls 6 % remettent en question son existence. Cette connaissance théorique élevée pourrait refléter les efforts de sensibilisation réalisés par les systèmes éducatifs et les programmes de santé en milieu scolaire [18]. Toutefois, la persistance de doutes chez une minorité révèle des lacunes dans la compréhension approfondie ou l’adhésion aux messages de prévention, ce qui est également observé dans d'autres contextes africains [19].

L’étude montre une sexualité active précoce et généralisée, avec plus de 90 % des répondants ayant déjà eu des rapports sexuels, dont 21,8 % avant l’âge de 15 ans. Ces chiffres soulignent un début précoce de l'activité sexuelle, facteur souvent associé à une augmentation du risque d’infection par le VIH/SIDA et les IST [20]. De plus, la multiplicité des partenaires sexuels (plus de 66 % ayant deux partenaires ou plus) constitue un facteur aggravant de la vulnérabilité [21].

L’utilisation du préservatif reste très insuffisante : seuls 28 % en font un usage régulier, et 13 % ne l’ont jamais utilisé. Cette faible utilisation, couplée à des cas de rupture de préservatif (23 %), reflète à la fois une mauvaise utilisation et potentiellement un accès limité à des préservatifs de qualité [22]. Des études antérieures menées dans d’autres contextes d’Afrique de l’Ouest soulignent également que les jeunes font face à des défis sociaux, économiques et culturels qui entravent l’usage correct et systématique des préservatifs [23].

Les déterminants comportementaux (partenaires occasionnels, relations multiples) ont une influence statistiquement significative sur l’incidence des IST et du VIH, confirmant les corrélations bien documentées dans la littérature [24]. Le lien entre l’utilisation irrégulière du préservatif et la survenue des IST (p = 0,043), ainsi que son impact sur la positivité au test VIH (p = 0,006), montrent clairement l'importance des pratiques de protection régulières pour freiner la transmission [25].

La prévalence du VIH de 8 % dans notre échantillon est particulièrement préoccupante. Ce taux est bien supérieur à la moyenne nationale du Mali, estimée à environ 1,1 % selon les dernières données de l’ONUSIDA, ce qui suggère une concentration du risque dans cette population spécifique [26]. Il est probable que cette prévalence soit influencée par la conjonction de plusieurs facteurs : précocité des rapports sexuels, faible usage du préservatif, multiplicité des partenaires et manque d’accès aux services de santé adaptés en milieu scolaire [27].

Par ailleurs, l’insuffisance perçue de la qualité des services de santé scolaire par 63,6 % des répondants souligne l’urgence de renforcer les interventions de prévention et de prise en charge des IST dans les établissements scolaires. L’absence d’infirmerie, de personnel qualifié et la non-gratuité des médicaments sont des barrières systémiques qui doivent être adressées [28].

Les principales sources d’information (école, amis, parents, médias) sont révélatrices d’une dynamique sociale où les pairs et la famille jouent un rôle central, mais aussi d’un déficit potentiel en éducation formelle à la sexualité [29]. Cela appelle à une amélioration des modules éducatifs, avec une approche centrée sur les compétences de vie et l’empowerment des jeunes à faire des choix sexuels responsables [30].

Enfin, la forte corrélation entre la présence de symptômes d’IST et un test VIH positif (p = 0,049) confirme l’importance de l'intégration des services de dépistage et de traitement des IST dans les stratégies de lutte contre le VIH, comme recommandé par l’OMS [31].

Conclusion 

Notre étude a révélé que la quasi-totalité des personnes interrogées avaient déjà entendu parler des IST et du VIH/SIDA, et que la majorité d’entre elles reconnaissaient leur existence, témoignant ainsi d’une bonne compréhension des modes de transmission et des moyens de prévention. Cependant, cette connaissance ne se traduit pas toujours en comportements protecteurs. En effet, les infections restent fortement associées à des pratiques à risque, telles que les rapports sexuels non protégés, la multiplicité des partenaires, et les relations occasionnelles chez les jeunes sexuellement actifs. Ces constats soulignent l’urgence de renforcer les stratégies de prévention en milieu scolaire. La lutte contre les IST et le VIH/SIDA chez les élèves et étudiants passe impérativement par une approche multisectorielle impliquant les autorités éducatives, les leaders religieux, les enseignants et la société civile. Il est essentiel d’intégrer de manière effective l’éducation à la santé sexuelle dans les programmes scolaires, afin de créer un environnement favorable à l’adoption de comportements responsables et à la réduction durable des nouvelles infections.

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Citer l'article: KEITA BB, KEITA B, SIDIBE F, AG ALITINI A, KEITA M, SOGOBA K et al. Problématique des IST et du VIH/SIDA chez les élèves et étudiants dans la région de Ségou en 2018 au Mali. Remapath 2024 ; 8 :33-40.
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Classé dans : REMAPATH N°8